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La féminisation des noms de métiers, faisons le point


La féminisation des noms de métiers est un sujet qui fait débat dans notre société, en particulier dans nos institutions de langue française, et ce depuis plusieurs siècles. En février 2019, l’Académie française s’est prononcée, à la suite d’un vote comportant seulement deux voix contre, dans un rapport, en faveur de la féminisation des noms de métiers. Pourtant, durant de nombreuses décennies, l’institution s’est montrée très hostile à cette féminisation des noms de professions.



Féminisation des noms de métiers et professions


Pourquoi féminiser les noms de métiers ?


Cette féminisation est tout d’abord une affaire de visibilité ; en effet, le but est de rendre le rôle des femmes plus visible dans notre société, notamment dans la vie professionnelle.

La féminisation des noms de métiers au XXIe siècle est également une preuve de l’évolution de notre société. Par exemple, lorsque l’on regarde dans un vieux dictionnaire de l’Académie – datant de deux siècles, disons – la définition du mot « présidente », on trouvera comme définition « épouse d’un président » et non la définition d’une « femme présidente ». Revoir l’utilisation des noms féminins pour les professions s’avère donc essentiel afin de lutter contre les discriminations.


Mais alors, pourquoi ce changement d’avis de l’Académie française ?


Une utilisation qui date du Moyen-Âge


Auparavant, les noms de métiers féminisés étaient utilisés couramment. On peut citer par exemple les mots « inventeure », « autrice », ou encore « peintresse », courants au Moyen-Âge.

Dans les années 1970, il y eut une vague de féminisation des noms de métiers dans certaines régions francophones, comme au Québec. On aurait pu croire qu’en atteignant la France, elle aurait eu un quelconque impact sur l’utilisation des mots dans l’Hexagone. Mais au contraire, dans les années 1980, l’Académie s’est opposée de manière virulente à une quelconque féminisation des noms de profession.


Une ouverture tardive de l'Académie française sur le sujet


Dominique Bona, écrivaine et académicienne, disait au sujet du rapport de la féminisation en février 2019 : « Nous voulions rouvrir ce dossier, pour montrer que l’Académie est sensible au fait que les femmes s’interrogent sur la définition de leur métier ».

Cependant, l’Académie n’est pas allée jusqu’à créer une liste de ces mots féminisés. Selon l’institution, c’est un travail « insurmontable ».

Tous ces éléments – le retard de l’Académie sur les autres régions francophones, ainsi que la violente opposition des années 1980 et 1990 – nous laissent clairement penser que le retard de la France est sûrement dû à une certaine misogynie de la part de l’Académie ; d’ailleurs, la première femme – Marguerite Yourcenar – n’y a été acceptée qu’en 1980, alors que l’institution existait à l’époque depuis près de deux siècles et demi… D’ailleurs, l’Académie admet elle-même qu’elle a tendance à accepter plus facilement la féminisation des termes professionnels quand ils ne décrivent pas une position en haut de l’échelle sociale (tels que « présidente », contrairement à « caissière »).

Au final, l’Académie s’est résignée en 2019, se rendant compte que malgré les différentes règles établies, les noms de métiers féminisés étaient de toute façon utilisés, le français étant une langue parlée dans de nombreux endroits du globe.


Que dit le rapport de l’Académie sur la féminisation des noms de métiers ?


Même si l’Académie française n’a pas établi de liste claire des formes féminisées des noms de professions, le rapport stipule les points suivants :

  • le principe d’ajouter un « e » pour féminiser un mot reste le même. Ainsi, les termes comme « paysanne », ou « artisane » sont validés par l’Académie.

  • lorsqu’un mot finit en « -eur », on remplace cette terminaison par « -euse » pour le mettre au féminin. Ainsi, on obtient par exemple les mots suivants : « contrôleuse », « monteuse », etc. Quand cette déclinaison ne se fait pas naturellement (comme pour le mot « professeur »), on peut simplement ajouter un « e » (et ainsi obtenir « professeure »). Même si l’Académie n’apprécie pas vraiment cette transformation, elle ne s’y oppose pas.

  • concernant le débat entre « auteure/autrice », l’Académie ne semble pas se décider réellement, admettant que malgré l’existence d’« autrice », et même « autoresse », le terme « auteure » semble être de plus en plus utilisé au fur et à mesure.

Rappelons également que parfois, certaines formes féminisées existent, mais ne sont pas utilisées, comme « officière » par exemple.


Au final, que convient-il de faire dans vos écrits ?


Même si l’Académie française est un symbole et la « gardienne de la langue », elle est bien consciente qu’elle ne peut pas complètement gérer l’utilisation de la langue française. On le voit bien avec la féminisation des noms de métiers : même si l’Académie y a longtemps été opposée – et que le rapport en faveur de la féminisation n’existe que depuis deux ans environ –, cela n’empêchait pas les francophones d’utiliser des termes comme « mairesse » ou encore « commandante » il y a plusieurs siècles.

De plus, ce débat a même amené à des situations absurdes, prouvant que cette querelle relève d’une certaine futilité et est à la limite de l’idiotie : par exemple, certains académiciens n’aiment pas l’utilisation d’« écrivaine », jugeant le mot laid, car « vaine » s’y trouve. C’est assez idiot, puisque dans « écrivain », on retrouve le même adjectif, « vain » !

Dans tous les cas, l’Académie ayant tranché en sa faveur, la féminisation des noms de métiers ne représente aujourd’hui plus un obstacle, puisqu’elle a enfin été validée par l’institution même de la langue française, alors que les francophones ne semblaient pas plus que ça gênés par l’utilisation de termes de métiers féminisés.


Cela nous amène à un autre problème de notre époque concernant l’évolution de la langue française, dont on entend beaucoup parler ces dernières années : l’écriture inclusive. En effet, dans la langue où originellement « le masculin l’emporte », il semble normal que dans une société où les choses évoluent – notamment avec le rapport de l’Académie sur la féminisation des noms de professions – les personnes féministes revendiquent l’utilisation de l’écriture inclusive dans la vie quotidienne. Le débat sur l’inclusion des femmes dans notre société, en particulier via notre langue, est donc loin d’être terminé.


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