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Qu’est-ce que l’hypercorrection ? 3 erreurs à éviter

« Faîtes-vous plaisir », « c’est de cela dont je parle », « vous vous contredites »… Ces formes qui peuvent sembler correctes et même un peu sophistiquées sont en fait des fautes ! Elles relèvent de ce que les linguistes appellent « hypercorrection ». Qu’est-ce que ce phénomène et comment l’éviter dans vos écrits ?


Le terme « hypercorrection » recouvre trois sens différents, mais un nous intéresse plus particulièrement dans cet article. En effet, la première définition donnée par le Trésor de la Langue française informatisé évoque l’hypercorrection comme une « reconstruction fautive d’une forme linguistique », résultant en une forme « hypercorrecte » fautive. Ce phénomène s’observe aussi bien dans l’expression orale qu’à l’écrit et peut concerner des règles d’orthographe, de grammaire ou de prononciation (des liaisons incorrectes, par exemple).


La cause de l’hypercorrection : l’insécurité linguistique


Les fautes d’hypercorrection résultent donc d’une règle grammaticale connue, mais appliquée de façon abusive ou inappropriée. Autrement dit, en voulant s’exprimer de façon parfaite, on finit par faire des fautes.


Derrière ce phénomène se trouve ce que l’on appelle l’insécurité linguistique. Ce concept sociolinguistique peut être défini comme le sentiment d’un décalage entre notre façon de parler ou d’écrire et un langage que l’on perçoit comme plus prestigieux, mais qu’on ne maîtrise pas. L’hypercorrection est alors une tentative ratée d’imiter cette façon de parler ou d’écrire vue comme légitime. Elle s’observe plus particulièrement dans les contextes dits « surveillés », comme un cours de français où l’enseignant attend de ses élèves qu’ils s’expriment selon une norme précise. Elle peut poser un problème si l’interlocuteur maîtrise ce langage prestigieux et se rend compte de la faute que constitue la forme hypercorrecte.


Des chercheurs ont relevé le caractère social de l’hypercorrection. Ainsi, William Labov et Pierre Bourdieu considèrent ce phénomène comme caractéristique de la petite-bourgeoisie. Cependant, des études montrent que les formes d’insécurité linguistique et l’hypercorrection dépendent aussi du genre ou de l’origine géographique.


Il ne faut pas confondre hypercorrection et hypocorrection. Cette dernière consiste à s’exprimer dans un registre de langue inférieur, de façon stratégique. Par exemple, l’ajout de marques d’hésitation ou l’emploi d’un vocabulaire familier sont des signes d’hypocorrection.


Trois exemples d’hypercorrection à éviter :


« C’est de… dont… »


Si on la retrouve chez Molière ou La Fayette, la formule « c’est de… dont » est aujourd’hui considérée comme une faute. En effet, « dont » peut être remplacé par « de qui » ou « de quoi » et son emploi constitue ainsi une redondance. Deux solutions sont alors possibles : remplacer « dont » par le pronom relatif « que » ou retirer la préposition « de ». Par exemple, au lieu de dire ou d’écrire « c’est de ma sœur dont je parle », on emploiera plutôt « c’est de ma sœur que je parle » ou bien « c’est ma sœur dont je parle ».


Les dérivés de « dire » au présent de l’indicatif


Vous savez sans doute que, à la deuxième personne du pluriel au présent de l’indicatif, le verbe dire se conjugue « vous dites » et non « vous disez ». Cependant, cette règle ne s’applique pas à ses dérivés, tels que « contredire » ou « médire ». Ainsi, « vous contredites » et « vous médites » sont des fautes d’hypercorrection ; il faudra dire ou écrire « vous contredisez » et « vous médisez ». La seule exception concernant ces dérivés est « redire », qui se conjugue bien « vous redites » à la deuxième personne du pluriel au présent de l’indicatif. Au moindre doute et pour éviter tout impair, pensez à vérifier la conjugaison du verbe que vous utilisez à l’écrit, le Grevisse étant la référence en la matière.


Les accents circonflexes superflus


L’accent circonflexe fait débat : alors que certains soulignent la complexité de son usage, d’autres craignent de le voir disparaître de la langue française. Cependant, dans bien des cas, cet accent est en fait utilisé de façon abusive, donnant lieu à des formes hypercorrectes. Ainsi, avec la deuxième personne du pluriel, ni « dire » ni « faire » prennent d’accent circonflexe à la conjugaison : bien que l’on retrouve « dîtes-nous » ou « faîtes » jusque dans des titres d’article, les formes correctes sont « dites » et « faites ». De même, dans la plupart des cas, les participes passés ou les verbes conjugués au passé simple avec un pronom personnel singulier ne prennent pas non plus d’accent circonflexe : on écrit « j’ai su » ou « elle but », et non « j’ai sû » ou « elle bût ». Les exceptions à cette règle concernent les verbes en -aître et en -oître, qui conservent leur accent circonflexe avec les pronoms singuliers, et les participes passés masculins singuliers de devoir, mouvoir et croître : « j’ai dû », « il s’est mû », « il a crû ».



Une volonté de bien s'exprimer contre-productive


Lorsque vous écrivez votre texte, il vous faut donc prêter une attention particulière aux fautes d’hypercorrection. Puisque les formes hypercorrectes résultent d’une envie de « bien » s’exprimer, il peut être difficile de les repérer ou de se rendre compte qu’elles sont en fait des erreurs. Sauf si vous écrivez une œuvre de fiction, où dans certains cas l’utilisation délibérée de l’hypercorrection peut s'avérer utile : par exemple, si comme Pierre Bourdieu, vous considérez l’hypercorrection comme typique de la petite bourgeoisie, ce procédé peut ainsi permettre de caractériser un personnage petit-bourgeois, dans une volonté de caricaturer. Et si vous souhaitez aller encore plus loin sur le sujet de l'hypercorrection, ce texte sur les normes liguistiques se révèle particulièrement instructif.